Tunisie - Héritage : la révolution par et pour les femmes
La société civile a organisé ce 10 mars une grande marche afin de
réclamer une loi prônant l'égalité homme-femme sur le sujet complexe de
l'héritage.
Après
la famille, largement libérée par Habib Bourguiba en 1956, les femmes
réclament l'égalité économique. Sur les réseaux sociaux, l'annonce de
cette marche a fait florès. Des figures de la société civile, des
anonymes, ont annoncé leur intention de participer à cette mobilisation.
Le 13 août 2017, le président de la République Béji Caïd Essebsi avait
annoncé la création d'une commission chargée de réfléchir à cette
question. Comment faire, malgré le poids du conservatisme et du
religieux au sein de la société, pour que les femmes soient tout aussi
respectées que leurs frères, oncles… lors de l'héritage ? « Par la
loi ! » répondent les Tunisiennes !
La société civile à l'avant-garde du combat
Le site Facebook, le plus puissant des
médias en Tunisie, Coalition, Égalité, Héritage, connaît un important
succès depuis la création de sa page. Des témoignages vidéo en
provenance du monde entier apportent leur soutien à cette action
spectaculaire. À partir de 14 heures, la marche réunira femmes et hommes
à partir à Bab Saadoun, place tunisoise. Le cortège se dirigera vers le
Bardo, siège de l'ARP. Afin que les député(e)s s'emparent du sujet et
déposent un projet de loi. La Constitution de 2014 donne les quasi
pleins pouvoirs à l'Assemblée. Aux élus, donc, d'agir. Une fois de plus,
c'est la société civile qui est à la manœuvre. Elle est, comme souvent
au Maghreb, en avance par rapport à ses représentants politiques.
Représentants qui, à la veille du scrutin municipal,
pensent avant tout à ne froisser aucune partie de leur électorat
potentiel. Car le clivage pour/contre traverse toutes les couches de la
société.
Une affaire d'argent plus que de religion
Bochra Belhaj Hmida, avocate, députée
(ex-Nidaa Tounes) et présidente de la commission chargée de réfléchir
sur cette question de l'égalité, disait au Point Afrique
qu'« on utilise la religion comme un outil pour protéger le
patriarcat et la discrimination ». Ce qui est le véritable sujet du
combat que mènent les femmes tunisiennes aujourd'hui. Si le Code du
statut personnel – imposé par Habib Bourguiba quelques mois après
l'indépendance – accorda aux femmes de nombreux droits (divorce, etc.),
il régissait les rapports au sein de la famille. Désormais, les femmes
réclament une égalité face à l'argent. La commission voulue par BCE
l'été dernier devait rendre son rapport fin février. Il n'en sera rien.
Pour éviter des interférences avec le calendrier électoral, le scrutin
municipal, il devrait être remis en juin prochain. Il sera plus un code
des libertés personnelles – ce que BCE voulait faire depuis le début de
son mandat en 2015 – que, stricto sensu, une réponse à la question de
l'héritage.
On peut (déjà) légalement tout léguer à une femme
Techniquement, l'égalité face à l'héritage
existe. Il suffit d'effectuer une « donation entre vifs ». Cette
procédure, « très moderne » selon l'islamologue Youssef Seddik, permet
de tout donner à une fille. Des juristes expliquent qu'il suffit de
préparer sa succession. Les inégalités perdurent selon les milieux
sociaux, selon le degré de conservatisme des hommes, selon le niveau
d'éducation, le degré d'information sur ce qui peut être fait. En
marchant sur le palais du Bardo, les Tunisiennes (et des Tunisiens)
demandent plus qu'une loi. Elles exigent l'abolition du patriarcat. Les
petits machos vont passer une sale journée… Et les pays voisins
regardent avec intérêt cette marche qui a des allures de révolution.
Soixante-treize associations, de tout le pays, se sont jointes pour
participer à cet événement. Qui n'est, sans aucun doute, que le début
d'une mobilisation à travers toute la Tunisie. On a souvent vanté le
statut de « la femme tunisienne ». Celle-ci ne réclame pas de
privilèges. Elle veut simplement avoir les mêmes droits que l'homme. À
l'heure de #MeToo et autres mouvements planétaires, ce qui se joue à
Tunis aura un impact très important dans le monde arabe.
Benoit Delmas
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